Le sommeil chez les insectes

Publié par OSUR (Observatoire des Sciences de l'Univers de Rennes), le 29 juin 2017   940

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Le sommeil chez les insectes : un facteur fondamental mais négligé de leur écologie ?


La plupart des animaux, y compris les insectes, passent une grande partie de leur temps « à ne rien faire », autrement dit dans un état « inactif ». Assez curieusement, ces périodes d'inactivité retiennent assez peu l'attention des écologues, au risque donc d’être sous-estimées au regard de la fonction écologique. Il est néanmoins possible que les recherches récentes en neurologie changent le regard des écologues sur cette question. En effet, des études en laboratoire semblent montrer que chez les insectes, la plupart de ces périodes inactives partagent en réalité des caractéristiques communes à celles du sommeil chez les vertébrés : forte diminution de l’activité comportementale et neuronale, adoption d’une posture particulière, augmentation des seuils de réveil et diminution de la sensibilité aux perturbations extérieures. On constate également que la perturbation de cet état de sommeil entraîne un contrecoup comportemental avec un accroissement du temps consacré au sommeil le lendemain. Cette perturbation est également à l’origine de déficits de performance comportementale qui vont de capacités amoindries dans l'apprentissage, la reconnaissance des proies et des prédateurs, la baisse de la fécondité, voire à une diminution de l’espérance de vie.


Dans un article paru dans la revue The American Naturalist, Kévin Tougeron, en thèse de doctorat à l’université de Rennes 1 au sein du laboratoire ECOBIO , et Paul Abram (AAFC Canada), synthétisent les données de laboratoire existantes sur la recherche du sommeil chez les insectes et extrapolent ces résultats à l'écologie des insectes en milieu naturel. Ce faisant, ils mettent en avant la dimension vitale du sommeil dans leur écologie, jusqu’ici négligée : les facteurs susceptibles de perturber le sommeil des insectes dans leur milieu naturel y sont identifiés, y compris certains aspects en lien avec le changement global en cours, tels que le réchauffement des périodes nocturnes, la lumière artificielle pendant la nuit, le bruit et les vibrations de l'activité humaine. Les potentielles conséquences écologiques et évolutives de ces perturbations sont explorées, en particulier dans le contexte de changements globaux. Plus prosaïquement, ces connaissances théoriques pourraient également trouver des applications concrètes, économiques, dans le cadre des services écosystémiques procurés par certains insectes.

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